Entre-nous Silva RICARD

Chorégraphe , directrice artistique “Je déteste les portes fermées, c’est une obsession !”

MILAU Silva Ricard

Un regard bleu perçant, un port de tête altier, une démarche assurée, telle est la première image que l’on retient de Silva RICARD. Lorsqu’elle nous accueille dans son école de danse, connue de tous les Millavois et même au-delà de notre cité, sa voix calme et posée dissimule mal sa difficulté de parler d’elle, exercice plus compliqué que de parler de danse !
Pourtant, c’est volontiers qu’elle répond à nos questions, avec pudeur et émotion.

Silva RICARD : “Croate, j’ai connu la France grâce à l’amour.
C’est à Dubrovnik que j’ai rencontré mon mari, lors d’un festival. Grâce à lui, j’ai découvert la France et d’un pays fermé, je suis entrée de plein fouet vers une liberté que je ne connaissais pas.
Ce fut une nouvelle naissance”.

MILLAU : La France n’a pas été votre seule découverte…
Silva RICARD : Non, en effet. Mon mari ayant choisi de faire son service militaire en coopération, il m’a emmenée dans les pays Nord Africains (Tunisie, Algérie, Maroc).
En 1973, arrivée en Algérie, Silva a succédé à une équipe russe au conservatoire d’Alger, où on lui a donné carte blanche. L’indépendance de ce pays était toute récente et quand on replace la liberté accordée dans le contexte de l’époque, Silva s’exclame : “C’était fabuleux. Ma plus belle découverte dans le travail a été de voir que finalement, toutes les portes s’ouvrent quand on a un langage commun : l’Art… C’est extraordinaire !
J’ai fait des choses en Algérie que je n’aurais jamais pu faire ailleurs.
Les familles Algériennes me confiaient leurs enfants. J’amenais pourtant une nouvelle culture, une musique occidentale que les parents acceptaient sans aucun problème. Au fil du temps, le conservatoire s’est beaucoup développé, notamment la section danse et j’ai même pu rouvrir le magnifique théâtre d’Alger, avec une représentation de “Coppélia*”.
Stockés dans les combles, les décors inutilisés depuis l’indépendance de l’Algérie s’offraient à moi, c’était magique !

MILLAU : Votre vie de mère a-t-elle pu se conjuguer avec votre passion ?
Silva RICARD : On me disait que je dansais tellement qu’il serait impossible de trouver le temps pour faire des enfants. En décembre 1977, je suis revenue en France et j’en avais 3 ! Quand on se met quelque chose en tête, je pense qu’on le fait. En septembre 1978, j’ai ouvert mon école de danse à Millau et là encore, ce fut une nouvelle découverte.

MILLAU : Pour quelle raison ?
Silva RICARD : Je venais d’une école russe et d’un enseignement rigoureux, qui se pratique dans les pays de l’Est. Il a fallu que je m’adapte, que je lâche prise sur pas mal de choses, parce que je constatais que ça ne pouvait pas s’appliquer exactement de la même façon en France, le contexte n’était pas le même. Il y avait plus de liberté dans l’enseignement.
Dès lors, je suis vite partie à Paris, pour appréhender la danse en France. Là, j’ai pu voir une différence d’école, d’expression, qui existe d’ailleurs toujours. Le style et la finesse française sont remarquables. J’ai été formée à l’école Vaganova et à 16 ans, j’étais déjà dans le corps de Ballet de l’Opéra. Il fallait savoir tout faire, maquillage, costumes, ouvrir les portes aux gens, jouer au piano, connaître le solfège, etc. C’était une formation complète, qui permet d’aller vers tout, sans avoir peur.
Forte de mes expériences, j’ai adapté tout cela à une petite ville, qui n’avait pas encore de structure pour la danse. Mais en a-t-on besoin, ne peut-on pas la pratiquer partout ! Plus tard, j’ai emmené de grands noms de la danse à Millau. Il y avait un énorme festival appelé “Millau sur scène”, où des célébrités comme Marie-Claude Pietragalla ou Eric Vuan, sont venus danser sur la scène du CREA. C’est une grande satisfaction que d’avoir entrainé le public Millavois vers cet art. Tour à tour, les élus m’ont fait confiance.

MILAU Silva Ricard

MILLAU : Pourquoi vous êtes-vous engagée dans la chorégraphie de la Grande Parade de Noël ?
Silva RICARD : Parce que l’année précédente, j’ai trouvé que Millau était triste pendant les fêtes de Noël. Et quand Elodie PLATET a évoqué le souhait de la mairie de faire quelque chose pendant cette période, j’ai dit “Allons-y !”. C’est un bel élan pour Millau et le temps accordé par les bénévoles est une chance qui n’a pas de prix !

MILLAU : Vous intéressez-vous à la politique ?
Silva RICARD : Je suis apolitique, je vais vers la création et les projets. J’ai subi trop de choses négatives dans ma jeunesse, sous le régime du Maréchal Tito. Toutefois, ce pays m’a tout de même donné la richesse du multiculturalisme et je suis le produit d’un grand métissage, c’est une force.
Aujourd’hui, je ne parviens toujours pas à comprendre l’éclatement de la Yougoslavie, qui a également eu pour conséquence de briser ma famille.
C’est une blessure qui reste douloureuse. Cette guerre a fait surgir ce qu’il y a de pire chez l’Homme : le Nationalisme. Elle a fait émerger des pensées primaires, qui n’ont aucun sens et qui ferment l’esprit.
Je suis attentive à la liberté, car j’en connais le prix, c’est un trésor inestimable.
Le métissage attire l’intelligence, on a peur quand on ne connait pas.
L’art est fait pour communiquer, pour vivre ensemble.

Questions / Réponses

Un personnage admiré : Gandhi
Droite ou gauche  : Libre
Un livre de chevet : Belle du seigneur d’Albert COHEN et la littérature russe
Un pays : La Croatie
Un amour : Mon mari
Une passion : La peinture