« Tout le monde est gantier à Millau, on est gantier de père en fils : gamins, gamines, dès leur enfance ont assisté à domicile au travail de couture du gant ou ont accompagné leurs parents à l'usine », écrit Paul Marres dans sa thèse sur Les Grands Causses en 1935. Si les premiers artisans mégissiers de Millau apparaissent au Moyen Âge, les cuirs et peaux connaissent leur âge d'or à l'ère industrielle. Mégisserie, tannerie, chamoiserie, ganterie sont une seconde peau pour Millau, qui dès la fin du XIXe siècle s'impose comme « la cité du gant ».
La sous-préfecture aveyronnaise prospère à la cadence du secteur des cuirs et peaux. Du coupeur-gantier à la brodeuse de gants, les manufactures assurent la subsistance de nombreuses familles, qui travaillent en atelier ou à domicile. A elle seule, la ganterie fait vivre 12 000 à 15 000 habitants du pays millavois dans les années 1930. Peu avant la seconde guerre mondiale, la production atteint 312 000 douzaines de paires, dont 60% promises à l'exportation. Les « grandes maisons » de fabricants sont alors Buscarlet, Jonquet, Guibert frères et Lauret.
Du 24 décembre 1934 au 5 mai 1935, a lieu la grève générale des ouvriers gantiers, mouvement syndical mémorable de l'histoire industrielle de Millau. Le krach boursier de 1929 a progressivement malmené le marché du gant. Dans ce contexte, conjugué à la faillite de la banque millavoise Villa en juin 1934, le patronat local décide sans négociation de baisser les salaires de 25% à 33%. Commence alors, impulsée par la Fédération ouvrière millavoise, une grève massive. Le conflit durcit, marqué tant par des incidents comme l'intervention de gardes mobiles, que par des initiatives de solidarité : ainsi des soupes populaires organisées, durant l'hiver, par le comité de grève avec l'appui de la mairie radicale. La grève se soldera sur un échec, la reprise du travail votée par référendum s'accompagnant d'une diminution des salaires. En mai 1935, un an avant l'avènement du Front populaire.
