Entre-nous Jacques FRAYSSENGE

Conservateur en Chef, Chevalier des Arts et des Lettres, quittera bientôt ses fonctions d’archiviste de Millau

Millau Jacques Frayssenge

Quel a été votre parcours ?
Je suis né à Millau en 1951, où mes parents étaient gantiers, aux ateliers Lauret puis Guibert. Après mes études secondaires, je suis entré à la faculté des Lettres de Montpellier pour préparer une maîtrise d’Histoire, avant de m’occuper de la formation continue à la CCI de Millau.
Puis j’ai été chargé à Montpellier du Patrimoine ethnologique au Département de l’Hérault, en même temps que je finissais ma thèse à l’EHESS à Paris, sur la «Société catholique et Société protestante à Millau sous l’Ancien Régime”.
L’archiviste Georges Girard partant à la retraite, j’ai été recruté en 1984.

Quels furent les moments forts de votre carrière ?
Ces moments ont été liés à la richesse de nos fonds, où j’ai puisé des moments d’émotion intense : en 1987, pour le 800e anniversaire des Libertés Communales de Millau, par exemple, accordées par le roi d’Aragon Alphonse II en 1187, ou pour le Bicentenaire de la Révolution Française, qui fut une occasion d’éditer de nombreux manuscrits. La publication d’articles et de livres sur les Causses, et surtout mon diplôme d’Archiviste sur l’Hôpital Général de Millau sous l’Ancien Régime m’ont aussi procuré une grande satisfaction.
Mais la partie la plus émouvante et glaçante à la fois, m’est apparue dans les archives de la période 1939-1945 à propos de la rafle des juifs étrangers réfugiés à Millau au mois d’août 1942. Cette recherche fut intense et pénible, mais elle reflète la magie des archives : on y lit l’Histoire, les délibérations consulaires et municipales, la vie quotidienne des habitants, leurs témoignages, les drames, leurs réceptivités des grands événements nationaux.

Millau Jacques Frayssenge

La relocalisation fut votre priorité absolue ?
Nos locaux n’étaient pas reluisants en début de carrière, heureusement mon activité m’attirait souvent dans les services, et dans les fonds anciens à l’Hôtel de Pégayrolles. En 1985, nous avons pu moderniser le classement du sous-sol de la Mairie. À l ‘ouverture du CREA en 1987, nous avons regroupé les fonds anciens et les incunables au CREA. Il a fallu ensuite attendre de longues années, malgré un beau projet à l’Hotel-Dieu, pour que le Service déménage à la TGM .

On connaît l’archiviste, on connaît moins le mélomane et le randonneur…
Au plan de mes loisirs, j’écoute souvent de la musique baroque, celle de l’époque de Louis XIV. Le languedocien Mondonville, les italiens Frescobaldi et Vivaldi, et surtout Marc-Antoine Charpentier me permettent de me ressourcer… avec les longues promenades dans les Causses et garrigues, et l’hiver les randonnées en raquettes en Maurienne.

Questions / Réponses

Votre archive préférée ? : Le renversement d’une charge de mulet dans une charte du XIIIe siècle
Un scientifique admiré ? : Mon Maître et ami Emmanuel Le Roy-Ladurie
Votre livre préféré ? : “Tous les matins du Monde”, de Pasqual Quignard
Une qualité ? : Opiniâtre, assidu
Un défaut ? : Une impulsivité qui m’a parfois joué des tours
Fille ou garçon ? : J’ai le bonheur d’avoir deux filles
Perrier ou whisky ? : Ricard