Entre-nous Alain VERNHET

Archéologue, Chercheur au CNRS, Chevalier des Arts & Lettres

Alain VERNHET Millau

Alain Vernhet, comment devient-on Archéologue ?
J’ai fait des études classiques au Lycée de Millau puis latin-grec et Archéologie à la faculté de lettres à Montpellier. Ensuite, j’ai été nommé comme professeur au Lycée de Marvejols, puis au Lycée de filles de Millau. En parallèle, je fouillais déjà avec Louis BALSAN à la Graufesenque.
En 1972, Michel LABROUSSE m’a confié la direction du chantier. Pendant dix ans, la fouille s’est poursuivie jusqu’à atteindre son étendue actuelle. Entre-temps, j’avais intégré le CNRS comme chercheur.
Seul archéologue professionnel du Département de l’Aveyron, j’étais aussi amené à étudier les sites que l’on me signalait dans les Grands Causses.

La Graufesenque est indissociable de votre carrière ?
Quand j’ai pris la direction, beaucoup de travaux scientifiques avaient déjà été menés par mes prédécesseurs. J’ai alors tenté d’apporter au chantier une nouveauté : une fouille en “ Open Space”, ouverte en permanence sur toute sa surface, selon la méthode anglaise.
Cela a permis de localiser avec précision les vestiges et les objets découverts, et de pouvoir mettre les découvertes en relation : chaque mur, chaque vase, chaque fragment, chaque monnaie ont pu être attribués à une couche archéologique et datés.

Étiez-vous surpris par ces vestiges ?
Oui et non. Non parce que les travaux précédents avaient déjà montré que nous nous trouvions sur un site de potiers produisant de la céramique sigillée en quantité industrielle.
Oui parce que au fur et à mesure que la fouille s’agrandissait, je découvrais la réalité de ce quartier de Condatomagus, et la conservation incroyable des vestiges et des objets. Toutes ces découvertes ont été des moments mémorables pour moi.

Qu’est-ce qui vous a passionné dans votre carrière ?
Au-delà de la fouille, c’est précisément le travail de recherche scientifique qui m’a passionné car j’étais en relation avec des archéologues de toute l’Europe. En effet, cette fouille mettait en lumière des fabrications de céramique dont on retrouve des traces dans tout l’Empire Romain. Je veux d’ailleurs saluer ici tous les archéologues et les chercheurs qui ont oeuvré avec moi pour la connaissance de ce site.

Alain VERNHET Millau

Votre vocation de pédagogue est-elle demeurée intacte ?
Le secret d’une recherche, c’est de réunir les faisceaux de connaissance ou de présomption qui vous amènent à une conclusion la plus juste ou la plus probable. Mais que vaut cette recherche si on ne la transmet pas, si on ne la partage pas, surtout avec les plus jeunes ?
C’est pourquoi chaque été de nombreux jeunes Millavois participaient à la fouille, découvraient la sigillée, la mythologie, les inscriptions latines, le Monde romain…

Vous avez aussi ressuscité le Musée de Millau…
Le Musée avait été malmené depuis l’avant-guerre, et la plupart de ses collections dispersées, même si subsistait la salle au Vieux moulin.
Petit à petit nous avons réussi à investir une salle de l’Hôtel Pégayrolles, puis deux, puis trois, jusqu’à ce que la Bibliothèque, les Archives et le Conservatoire partent au CREA en 1987.
Dès lors, le Musée a pu se développer, accueillir la Préhistoire et la Paléontologie et plus tard la ganterie et la mégisserie.
Je me réjouis d’ailleurs que des travaux soient envisagés afin de moderniser la présentation réalisée par les pionniers de ce Musée, que je salue.

Questions / Réponses

Thé ou café ? : Thé
Vos maîtres  : Louis BALSAN et Michel LABROUSSE, Directeur des Antiquités historiques à Toulouse
Votre passion : L’archéologie
Grec ou Romain ? : Romain, toujours !